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Accueil > Culture > Floby : the voice

Floby : the voice

mercredi 20 janvier 2010

Nous avons suivi Floby en maintes prestations et dans son récent concert au CCF Georges Méliès. Ce concert, nous l’avons vécu en quatre moments, faits d’émotion pure et aussi d’interrogations sur l’artiste et sur les raisons de son succès.

Moment I. Comme un albatros chute sur un pont.

Black-out dans la salle du CCF. Tout est plongé dans le noir. Sur la scène apparaît un jeune homme baigné par une douche de lumière qui tombe de l’échafaudage. Il est debout, intimidé, les yeux rivés sur le manche de la guitare qu’il porte en bandoulière. Son regard est fuyant, il évite de regarder le public et on le sent gêné, mal à l’aise d’être là, sous les sunlights. Ses doigts courent sur le manche, cherchant les gammes, accordant les cordes et subrepticement des notes naissent sous ses doigts et montent dans les airs.

Les autres instruments de l’orchestre s’insèrent harmonieusement à ses notes de guitare et la voix de Floby se pose sur l’orchestration, et lentement la musique prend possession de la salle. Le public chante avec Floby, reprend les paroles de la chanson tout en battant des mains. C’est tout de suite la communion entre ce jeune homme dans la lumière et ce public d’hommes, de femmes et d’enfants vibrant dans l’ombre. L’assurance est revenue et Floby quitte son immobilité de statue pour esquisser des pas de danse. Plus tard, il oubliera tout le trac et osera un échange et quelques plaisanteries avec le public.

Moment II. Une voix qui vaut de l’or en barre

On perçoit que ce jeune homme, c’est une voix exceptionnelle. Autant elle peut caracoler dans les aigus, autant elle peut plonger dans les graves ou épouser le murmure rocailleux des basses. Elle est héritière de toutes les voix des aînés, et prend souvent le timbre de George Ouédraogo ou de Nick Domby. Comme celle du Gandaogo, elle monte dans une fulgurance et se brise en cris rageurs, secouée de trémolos ou devient métallique et traînante à la Nick Domby.

Elle sait aussi se faire jazzy ou mitrailler une salve de mots avec la rapidité d’un rappeur et enfin prendre le grain des conteurs ou celui des troubadours du village. Par la voix ou par les chansons, ce jeune homme est un trait d’union entre les chansonniers traditionnels et la musique urbaine, entre le monde de la campagne et celui de la ville. Aussi chante-t-il les soirées au village qui sont des occasions de flirt entre jeunes hommes et jeunes filles nubiles, ces amours sous la pleine lune qui dépose une fine couche d’argent sur les êtres et les choses, les fêtes foraines avec des musiciens traditionnels qui jouent toute la nuit...

Il chante aussi le monde de la débrouille, la vie de solitude et de souffrance des enfants abandonnés et des crève-la-faim de la rue. Et la fuite du temps qui glisse entre les doigts comme du sable fin et la mort qui fauche les proches et laisse désemparés les vivants. En outre, il dit ses souffrances de jeune homme peu fortuné dans une cité impitoyable et ses espérances en un monde d’amour. Le public y adhère, car il se retrouve dans ses chansons. Il est convaincu que ce jeune homme chante sa vie, leur vie et l’émotion que charrie sa voix leur apparaît comme la preuve de sa sincérité.

Moment III. Un agneau égaré parmi les loups

Floby est très simplement vêtu. Pas de bracelet en or ou en argent, pas de chemise de luxe ni de chaussures de grand prix. Il est vêtu d’un pantalon blanc et d’une chemise noire, très simplement. Simplicité ou manque de moyens ? Dans tous les cas, il rompt avec le style très clinquant des jeunes artistes. Il zézaye et ne semble pas très à l’aise avec la langue de Molière. Il fait partie de ces nombreux jeunes Burkinabè à qui leur pays n’a pas offert une scolarisation aboutie.

On prend brutalement conscience que cela est un véritable handicap pour sa carrière. Pour la communication avec son public et même pour lire correctement un contrat avant de le parapher... Ne va-t-il pas se faire spolier du fruit de son talent par les requins du show-biz ? A quelques mètres du podium se tient son manager, phrasé impeccable, avec la panoplie convenue du golden boy, grosse montre chromée et téléphone portable dernier cri, look impeccable. Lui doit être dans ce milieu comme un poisson dans l’eau. C’est son univers. On espère qu’il guidera les pas mal assurés de son poulain dans cet océan infesté de squales.

Moment IV. Une musique qui parle à tout le monde.

Le concert tire vers sa fin. La salle est chauffée à blanc. Beaucoup de mélomanes sont debout, se tortillant au rythme de la musique et chantant à l’unisson avec Floby. Un petit métis monte sur la scène, passe le bras autour du cou de Floby et chante avec lui en mooré. Il y a une gémellité entre ces deux-là. Floby aussi est un métis, parce qu’ enfant de la ville et du village, de la tradition et de la modernité. Maintenant toute la salle est debout.

On sent que Floby est heureux, sa voix trahit la vague d’émotion qui le submerge. Avec lui sur scène, il y a un grand dadais qui se déhanche furieusement, deux fillettes dansant et un garçonnet manchot qui chante avec lui. Ce sont les divers morceaux d’humanité qui joignent leur voix à celle de Floby parce qu’ils sentent en lui un frère, un ami et un porte-parole. Avant de quitter la scène, Floby se dirige vers le jeune manchot et l’embrasse. Longuement. Il sait que plus que tous les autres mélomanes, c’est cet oiselet à l’aile meurtrie qui est plus proche de lui.

Lui aussi est un manchot de l’école. Et savoir que sa musique apporte du bonheur à tous ces mélomanes et surtout à ceux avec qui la vie n’a pas été prodigue mérite que lui, Floby, s’égare dans cette jungle du show-biz. Floby, c’est une voix à qui il manque un alphabet pour mieux dire notre monde, mais c’est malgré tout une voix qui vaut son pesant d’or.

Barry Alceny Saidou

L’Observateur

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