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Salam Ouédraogo « Docteur » : D’ophtalmologue à agriculteur, un parcours bien singulier

mercredi 20 janvier 2010

En dix ans d’agriculture, Salam Ouédraogo aura tout gagné. Ophtalmologue de formation, il s’est reconverti en agriculteur moderne après sa retraite. Pour ce travailleur infatigable, la terre ne lui a pas menti. En dix ans, il a obtenu ce qu’il a cherché pendant toute sa carrière dans la santé. Décoré à deux reprises, Salam Docteur est aujourd’hui un paysan comblé. Nous l’avons découvert à l’occasion de la célébration de la fête de l’indépendance à Ouahigouya, sa ville natale.

Né le 24 Août 1945 à Ouahigouya, Salam Ouédraogo, connu sous le nom de Salam docteur, y fréquente l’école primaire, puis le secondaire au collège de la salle à Ouagadougou. Admis à l’école de santé, Salam Docteur fait un passage de deux ans à l’institut ophtalmologique tropical de Bamako au Mali. Puis, c’est le retour au bercail.

De 1972 à 2000, il exerce au service d’ophtalmologie du centre hospitalier régional de Ouahigouya, jusqu’à la retraite. Dès lors commence une autre vie, plus excitante pour Salam Ouédraogo. En fait, depuis 1985, l’intérêt pour la maraîchéculture lui traversait l’esprit. A la retraite, en 2000, il retourne sur les traces de son père jardinier, il suit ses pas et modernise ce métier. Il commence à produire pêle-mêle des choux, de l’oignon, de la tomate et de la salade. Puis, il saute des deux pieds dans la production de la pomme de terre. Mais très vite, il va se heurter aux premiers obstacles, le problème d’écoulement. Donc, il faudra mettre l’accent sur la qualité mais aussi la quantité pour conquérir le marché extérieur.

Pour réussir le pari, il procède au regroupement des acteurs intervenant dans ce domaine en association. De là est né l’ASPMY, l’association professionnelle des maraîchers du Yatenga. Salam Docteur est tout naturellement porté à la tête de la structure. Ce regroupement leur a permis de s’ériger en filière. Ainsi ils s’occupaient de l’aménagement et de la production, de l’approvisionnement et de la commercialisation. Ils établirent ainsi des partenariats avec des consommateurs comme les prestataires des restaurants universitaires de Ouagadougou ou des coopératives étrangères.

En 2000, Salam Ouédraogo et ses associés initient une opération avec la coopérative ivoirienne de commercialisation des produits vivriers. Régulièrement 20 tonnes de tomates sont acheminées chaque semaine jusqu’à ce que survienne la crise ivoirienne. En tant que professionnel, un changement est vite opéré. On passe de la tomate à l’oignon. Docteur fait sien le slogan de l’association : produire, c’est bien, mais vendre c’est mieux.

La majorité des membres de l’association étant analphabète, il faut voir pour croire. Alors formations et visites de terrain se succèdent pour conforter les producteurs dans leurs convictions. Les idées ne manquent pas. Docteur se donne les moyens de sa réussite. Des visites, ils reviendront avec des pratiques nouvelles. Pour éviter la pourriture des oignons, ils se sont inspirés d’une technique nigérienne pour améliorer la conservation. Ils ont conçu des maisonnettes de conservation appelées « RUUDU ». Ce qui permet de conserver pendant plusieurs mois intact l’oignon.

Pour Salam Docteur, la grandeur de la superficie n’est pas la plus importante, c’est plutôt la rentabilité. Cet agent de santé reconverti n’exploite que deux hectares. Mais maîtrisant toutes les techniques, il produit 30 tonnes à l’hectare. Ce qui lui permet de bien gagner sa vie ; environ 2 000 000 f de bénéfice net par production. Ce qui dépasse largement sa pension annuelle. A noter qu’il fait plusieurs productions par saison. Même s’il ne roule pas sur l’or, c’est presque.

En comparant sa vie d’ophtalmologue à celle de paysan, il n’y a pas « match ». « Dans ce pays, on ne peut pas dire qu’on roule sur l’or mais je tire mon épingle de jeu, vraiment je ne me plains pas », précise-t-il. L’agriculture lui réussit bien, c’est le moins qu’on puisse dire. En quittant la santé, Salam docteur était sur une mobylette. Grâce à l’agriculture, il roule désormais en voiture et est très bien logé. Une situation qui réconforte certains jeunes agriculteurs qui s’estimaient des laissés-pour-compte.

Salam Docteur est tout simplement un exemple pour son entourage. En bon leader, il préside aux destinées de plusieurs regroupements notamment les maraîchers du Yatenga et l’association des professionnels d’irrigation privée et des activités connexes au niveau national. C’est presque une mission périlleuse mais il se donne à cœur joie. « Il est difficile de conduire les paysans car les niveaux sont différents », nous confie-t-il. En bon pédagogue, il donne cette image : « c’est comme un enseignant qui a dans sa classe des élèves du primaire, du secondaire et du supérieur. Lorsque vous utilisez un langage technique, certains sont perdus, vous utilisez un langage d’un niveau bas, d’autres vous trouvent ridicule ». Docteur s’en sort à bon compte néanmoins. Il réussit à concilier les deux extrêmes.

Ce bavard infatigable, doublé d’une sagesse incontestable a, semble-t-il, trouvé son paradis dans l’agriculture. « S’il y avait à refaire, c’est sans hésiter que je reprendrai le même itinéraire », déclare-t-il, convaincu. « L’agriculture rapporte, la terre ne ment pas », ajoute Salam Docteur. En dix ans dans l’agriculture, ce paysan très ouvert a été décoré par deux fois. Chose dont il ne pouvait rêver dans la santé. Il est tout simplement un homme comblé. Sa vie va de mieux en mieux et sa préoccupation désormais, c’est comment procéder à une redistribution judicieuse du fruit de ces labeurs, nous a-t-il confié.

Moussa Diallo
Lefaso.net

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