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Soumaïla Ismaël Traoré, Président de l’Association des étudiants handicapés : « Ouvrez-nous les portes de vos cœurs et de l’emploi »

mercredi 19 octobre 2011

Il n’a ni mains, ni pieds. Son handicap ne l’a pourtant pas empêché de faire des études. A force de courage et d’abnégation, il est aujourd’hui à l’université. Il préside également aux destinées de l’Association des élèves et étudiants handicapés depuis 2009. Soumaïla Ismaël Traoré, un exemple de courage et de refus de la fatalité…

A deux ans, le train passe sur lui à Maro (localité située à une centaine de kilomètre de Bobo Dioulasso, la 2è ville du Burkina). Il survit miraculeusement. Mais de cet accident, ses membres supérieurs et inférieurs seront arrachés. Sous nos cieux, le destin de Soumaïla Ismaël Traoré aurait été tout tracé. Eternel assisté qui vivrait de l’aumône des âmes sensibles. Armé de sébile et arpentant les carrefours de nos villes. Mais chaque homme est responsable de l’orientation à donner à sa vie. Ismaël a forcé le destin, déjoué les pronostics les plus fatalistes et construit sa propre vision de la vie : le combat, la détermination.

Le sourire facile, sans complexe, courtois, toujours avec un brin d’humour, Ismaël a décidé de ne pas être une charge pour la société mais d’en être une valeur ajoutée. Il a su surmonter son handicap et vit comme tout le monde. Il manie bien son téléphone portable, son ordinateur, sa brosse à dent… il jouait même au ballon quand il était plus jeune.

Ismaël est né le 19 mars 1976. Il est l’ainé d’une famille de 4 enfants mais c’est lui seul qui sera scolarisé. Ceci grâce à des amis. « Mes parents n’avaient pas les moyens de nous inscrire à l’école », précise-t-il. A 12 ans il commence sa scolarité. Pour lui l’école était juste un moyen de se faire des amis, de ne pas rester à la maison. Son handicap l’amène à développer des capacités extraordinaires. Il n’a pas de mains pour écrire, il le fait alors avec sa bouche. C’est ainsi qu’il gravit les échelons de l’enseignement primaire, secondaire puis décroche son baccalauréat série D en 2006. Il s’inscrit à l’université. Il n’a ni bourse, ni prêt encore moins le FONER (Fonds national pour l’éducation et la recherche) octroyé aux étudiants chaque année. Il n’a aucune faveur et est traité comme tous les autres étudiants. Malgré tout et grâce à ses amis au Burkina et à l’étranger ainsi qu’aux bonnes volontés, il est actuellement en année de licence à l’Unité de formation et de Recherche en Science juridique et politique (UFR/SJP) de l’université de Ouagadougou. Il est par ailleurs le président de l’Association des élèves étudiants handicapés du Burkina.

« Chaque jour est une vie pour moi »

Malgré tous ses efforts pour se sentir comme tout le monde, certains évènements le ramènent à la triste évidence. Comme ce jour où un taximan refuse de le prendre sous le prétexte qu’il lui apportera la poisse. « Un jour, nous avions rendez-vous avec le ministre. A l’entrée nous avons tous déposé nos cartes ? Alors que nous montions les escaliers le chef de sécurité m’a violemment interpellé pensant que j’étais venu mendier ». Les frustrations de ce genre sont légion. « Souvent je me demande s’il est important de continuer ? Pourquoi c’est à moi que cela est arrivé ? Qu’ai-je fais pour le mériter ? Je pleurs tout seul dans mon coin ». Regrette-t-il .

Tout n’est pas que tristesse dans l’univers de Ismaël. Il lui arrive souvent d’oublier son handicap. C’est alors qu’il se sent bien. Ses meilleurs moments, c’est quand il n’est pas traité différemment. « Souvent, mes amis oublient même que je suis handicapé. Ou bien dans certaines situations ils me taquinent sur le fait que je n’ai pas de mains ni de pieds. Ce sont des instants que je profite pleinement et qui me redonnent le sourire ». Pour se déplacer, il dépendait de ses amis qui poussaient sa chaise roulante. Il y a quelques mois des amis européens lui ont envoyé une chaise roulante électrique. Il peut maintenant se déplacer tout seul. Ses amis européens lui ont également gratifié d’un ordinateur portable. « Nous souhaitons que nos propres autorités se soucient de notre sort » avance M. Traoré.

Des charges lourdes sur de si frêles épaules

Depuis 2009, Soumaïla Ismaël Traoré est le président de l’Association des élèves et étudiants handicapés du Burkina. Sous sa présidence, une dizaine d’étudiants handicapés ont obtenu des bourses d’étude pour l’extérieur. Il a multiplié les actions de plaidoyer auprès des autorités pour l’amélioration des conditions de vie et d’études de ses administrés. Ces actions sont comme une goutte d’eau dans la mer au regard de l’immensité des problèmes des membres. « Nous plaidons pour qu’on octroie des bourses, des logements adaptés et certaines facilités à nos membres pour les encourager. Au Burkina, être personne handicapée instruite c’est un exploit. Mais quand en plus certains arrivent à l’université, je pense qu’ils sont à encourager ». Même s’il loue certaines actions sporadiques des autorités, Ismaël pense qu’il reste beaucoup à faire. Ismaël est triste quand il évoque impuissant les problèmes de ses camarades.

Il reçoit régulièrement des étudiants en larmes. Certains sont contactés après avoir postulé à des emplois. Mais une fois qu’ils se présentent et qu’on rend compte de leur handicap, ils sont subtilement renvoyés. Certains concours de la fonction publique leur sont fermés, d’où l’appel du président à un quota pour les personnes handicapées surtout que certains ont les diplômes souvent exigés. « Prési » comme l’appellent ses camarades, émet le vœu ardant que l’application des textes qui sont votés en faveur des personnes handicapées soit enfin effective. « Nous nous battons malgré notre handicap jusqu’à l’université. Une fois diplômé, les portes se referment devant nous. Aidez-moi au moins les rares étudiants à étudier dans de bonnes conditions et à trouver un emploi si vous ne voulez pas qu’ils aillent grossir le nombre des mendiants dans les rue », coup de cœur de celui pour qui chaque jour est un perpétuel combat.

Tiga Cheick Sawadogo (Stagiaire)

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