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Virginie De Clercq née Coulibaly, une géante dans l’agro-alimentaire à Toussiana

vendredi 14 septembre 2018

Elle a l’initiative dans les veines. Virginie De Clercq née Coulibaly est une figure qui commence à faire parler d’elle dans l’entreprenariat féminin et plus spécifiquement dans le domaine agro-alimentaire. Née un 28 juillet à Toussiana, dans la région des Hauts-Bassins, à environ 400 km au Sud-Ouest de la capitale, Virginie De Clercq a su se doter de ressources mentales nécessaires à son succès.

D’un grand-père cheminot, d’une grand-mère ménagère, Mme De Clercq-Coulibaly est d’un père conducteur de camions à Abidjan en Côte d’Ivoire, et d’une mère commerçante à Toussiana. Si cette réalité n’a pas émoussé en elle le germe d’être propriétaire de sa propre initiative, cela ne la prédisposait pas non plus à l’entreprenariat agricole. Preuve qu’effectivement devenir entrepreneur demande que l’on ait une personnalité forte, pour Virginie De Clercq-Coulibaly entreprendre c’est d’abord adopter les dispositions mentales pour franchir les obstacles qui se dressent en chemin, et ensuite ne jamais tomber dans le défaitisme, quel que soit le domaine d’activité. Virginie De Clercq-Coukibaly, sourire facile aux expressions pleines de tonus et de conviction, possède sans doute cette force d’esprit. ‘’ Nombreux sont les gens qui pensent que l’agriculture est un travail salissant, où l’on souffre, on se fait brûler par le soleil et on gagne peu » campe-t-elle.

Mais entreprendre c’est répondre à un besoin de travail, quelles que soient les conditions. « L’entreprenariat, parce que nous voulons, nous cherchons à travailler. (…). Il suffit de bien s’organiser et de prendre au sérieux ce que l’on fait », conseille Mme De Clercq-Coulibaly pour qui toutes les activités mènent à un épanouissement de soi. « Pourquoi l’agriculture ?
Le Burkina Faso a besoin d’un développement agricole moderne, mieux adapté aux nécessités du pays », justifie-t-elle, jetant au passage un regard sur d’autres initiatives en matière d’agriculture au Burkina. ‘’Il y a déjà l’exemple de Bagré, où de grandes surfaces sont exploitées. Mais, Bagré est une action publique tandis qu’ici c’est une initiative privée, en accord avec les autorités locales’’, compare-t-elle.

Pour la promotrice, entreprendre dans le domaine de l’agriculture, c’est donc à la fois répondre à un désidérata personnel d’initier, générer de l’emploi, et servir ainsi un idéal national.

Dans cette perception des choses, elle a vive à l’esprit cet appel de Thomas Sankara à cultiver et consommer burkinabè. « Malheureusement je n’ai pas connu Thomas Sankara. Mais de ce que j’ai entendu de lui, ce que j’ai pu lire sur lui dans plusieurs domaines dont celui de l’agriculture, je pense qu’on gagnerait à emboîter ses pas : il faut que le Burkina arrive à se nourrir, le pays a des ressources pour cela.
C’est par là qu’on pourra vite aller au développement, évidemment primordial, mais de manière adaptée au pays. Il ne faut pas seulement faire venir des investisseurs, il faut faire en sorte que la production nationale bénéficie à la population. Mon souhait le plus ardent, c’est de pouvoir contribuer de façon conséquente à nourrir le Burkina Faso », décline-t-elle.

Le tournesol, le maïs et le riz … pour commencer !

Virginie De Clercq-Coulibaly s’est donc investie dans l’exploitation de la terre à travers la culture du tournesol, du maïs et du riz pluvial. Partant d’un site d’exploitation encore vierge de 500 hectares mise à disposition par la commune de Toussiana, avec le soutien de son mari responsable de la transformation de ces terres vierges en terrains agricoles, sont actuellement exploités une superficie de 50 hectares pour la culture du tournesol, une de 30 hectares pour le maïs et enfin 2,5 hectares pour le riz.

Pour une production estimée entre 800 et 1000 kilogrammes à l’hectare (pour le tournesol), elle a en conscience un défi immédiat, celui d’améliorer le rendement. « Ce n’est pas suffisant, et l’objectif est d’atteindre 1500 à 2000 kg par hectare », dit-elle. Les graines de tournesol récoltées sont transformées : pressées à froid, elles donnent une huile d’excellente qualité nutritive, indiquée contre les maladies cardio-vasculaires, l’huile de tournesol. Elle précise : « mon idée, ce n’est pas d’exploiter les terres avec des intrants chimiques et risquer de perdre leur bonnes qualités et de les appauvrir.

C’est difficile, mais je tente de produire sans l’utilisation d’engrais chimiques qui donnent un rendement élevé certes, mais avec des conséquences importantes à long terme sur les terres et sur la santé de l’homme. C’est pourquoi l’engrais composté, du fumier est préférable. Il est possible de produire au Burkina sans engrais chimique et de mettre à la disposition des populations des produits naturels et même bio », évoque Mme De Clercq-Coulibaly.

A ce jour près de 150 travailleurs sont employés sur ces terres, dont une vingtaine de permanents. « Je suis satisfaite de mon activité, mais ça demande beaucoup de présence sur le terrain ; parce que quand je m’absente, je constate au retour que beaucoup de choses ne sont pas faites ou pas comme je l’aurais voulu », confie-t-elle. Parmi d’autres une difficulté relevée est celle de la disponibilité en ressources humaines. Pour y faire face en hivernage les étudiants et les élèves constituent une bonne part du contingent engagé.

Et finalement de cette situation Mme De Clercq-Coulibaly tire la réelle satisfaction de savoir que cette catégorie sociale arrive, grâce à cette initiative, à se payer les études tout en cultivant l’esprit de combativité en s’activant pendant les vacances et les congés.

Le goût du risque et de l’effort !

Virginie De Clercq-Coulibaly a en ligne de mire, en plus de la production, de procéder à la transformation des produits puis à la commercialisation. Mais les fonds sont limités : « un apport des investisseurs et un coup de main des banques seraient bienvenus. Un certain nombre de partenaires potentiels et d’organismes financiers ont été approchés », exprime-t-elle.

Ce n’est pas tout : la native de Toussiana entend participer au projet de faire de sa localité un véritable pôle agricole avec des activités connexes (transformation des produits agricoles, stockage, conditionnement, ateliers pour l’entretien et la réparation matériel agricole, etc.). Et dans cet ordre d’idée, à Toussiana est envisagé une foire agricole où les paysans viendront montrer leur savoir-faire et exposer leurs produits, fruits et légumes, céréales, et les éleveurs leur bétail, mais aussi d’autres acteurs comme les producteurs de jus, confitures, fruits séchés, dérivés du karité, farines, qui présenteront le produit de leurs activités au grand public et aux acheteurs professionnels.

A ceux-ci pourront s’ajouter des fabricants de matériels agricoles, des semenciers, des producteurs d’intrants, et tous ceux qui de près ou de loin sont actifs dans le domaine agro-alimentaire.

L’entreprenariat n’est donc pas pour Virginie De Clercq-Coulibaly un simple acte de se créer une activité, c’est aussi un élan patriotique qui l’anime. « Nous cherchons à lutter pour l’auto-suffisance alimentaire au Burkina, vu que les gens n’arrivent pas à subvenir à leurs besoins à partir de leurs productions », constate-t-elle. Toute chose qui oblige les paysans à s’adonner à d’autres activités pour faire face aux besoins de base de leur famille. « C’est pour cela qu’avec l’appui de mon mari, nous tentons de le faire à grande échelle », explique-t-elle, louant en passant l’apport de son époux dans ses efforts.

« Je suis une personne très optimiste »

Entreprenante dès son plus jeune âge elle l’était déjà, car, dévoile Mme De Clercq-Coulibaly, « bien avant, au début des années 2000, j’ai commencé par vendre des mangues, fraîches et séchées, des goyaves, des oranges, des mandarines, des citrons, des tarots, des patates douces et d’autres fruits et légumes à Toussiana ». Elle ne cache pas sa fierté d’avoir évolué et appris aux côtés de sa mère, à qui (tout comme à son père) elle ne cesse au passage de rendre hommage.

Dès lors, forte de ses convictions et de son expérience, Virginie De Clercq-Coulibaly, qui à côté de ses activités professionnelles poursuit encore des études à l’université Aube Nouvelle (ISIG), ne manque pas de messages pour ses frères et sœurs. « Il ne faut pas avoir peur d’entreprendre. Il faut oser : qui n’ose rien, n’a rien. Rien n’est facile et rien ne s’obtient facilement, il faut accepter de subir certaines contraintes, de faire des sacrifices, il faut surmonter les obstacles, il faut de la rigueur. Dès lors pour les jeunes femmes de mon âge, et qui ont envie de travailler, tout devient possible. Mais il ne faut pas se dire « je ne fais pas ci, je ne fais pas ça », il ne faut pas se limiter au bout de son nez, il faut voir loin. [ Cliquez ici pour lire l’intégralité ]

O.L
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