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Chenilles de karité : Kahitouo Hien veut en faire un produit consommé par tous les Burkinabè

vendredi 14 septembre 2018

Kahitouo Hien est un jeune ambitieux. Il a eu l’idée, étant toujours sur les bancs, d’entreprendre. À son actif, après ses études, la création en 2012 de FasoPro, une entreprise spécialisée dans la transformation et la valorisation des chenilles de karité. Cette entreprise emploie aujourd’hui une dizaine de permanents et compte un réseau de plus 500 femmes avec qui elle développe plusieurs produits à base des chenilles vendus sur le marché local. Même s’il a déjà conquis le marché burkinabè, le jeune entrepreneur a de grandes ambitions pour son entreprise : celles d’exporter ses produits et son savoir-faire sur toute l’Afrique. Lefaso.net est donc allé à sa rencontre.

Lefaso.net : Comment est née l’idée de la création de FasoPro dont vous êtes le directeur général ?

Kahitouo Hien (K.H.) : Étant originaire de la région (ouest du Burkina), je voyais depuis mon jeune âge comment la population consommait les chenilles de karité. Et ayant fait des études en Biochimie, j’ai découvert que les chenilles étaient très riches en protéines.
Après donc la Biochimie, j’ai fait un master en environnement à l’Institut international de l’eau et de l’environnement (2iE). Et parmi les modules dispensés à l’institut, on avait un cours sur les bases de l’entreprenariat. Et tout de suite, cela m’a intéressé, parce que ça ne sert à rien de finir ses études avant de commencer à chercher du travail.

C’est ainsi que je me suis lancé dans l’entreprenariat social qui permet de répondre à une cause sociale. Et pour moi la cause, c’était d’exploiter le potentiel nutritionnel de la chenille pour en faire des aliments de lutte contre la malnutrition (même si jusque-là nous ne produisons pas de produits spécifiques à la lutte contre la malnutrition). C’était ça l’idée de base.

Ensuite, c’était pour offrir des opportunités aux femmes impliquées dans la collecte des chenilles dans la zone rurale. Car, en montant une entreprise qui transforme et valorise des chenilles, cela pouvait créer plus de revenus pour ces femmes qui manquent d’opportunités. Et depuis 2012, étant toujours étudiant au 2iE, j’ai mis en place mon projet avec lequel j’ai participé à plusieurs compétitions qui m’ont permis de remporter plusieurs prix à l’international. Et suite à cela, j’ai décidé de poursuivre mon activité.

Lefaso.net : Concrètement, quel est le travail de FasoPro ?


K.H. :
Notre travail consiste à organiser la collecte des chenilles de karité en apprenant aux femmes les techniques de collecte beaucoup plus respectueuses du cycle de vie de l’insecte, afin de préserver au mieux la ressource, et la manière dont il faut les traiter (les chenilles, ndlr).
Après cette première phase, nous faisons également le conditionnement et la distribution. Il faut dire que nous fabriquons plusieurs produits à base de chenilles. Il y a des chenilles à croquer sous différents formats avec différents assaisonnements : des biscuits de chenilles, de la poudre, etc.

Lefaso.net : Et comment se font l’approvisionnement et la distribution ?

K.H. : Ce sont les femmes en milieu rural qui approvisionnent l’entreprise. Mais pour faire respecter un certain nombre de principes en agroalimentaire, nous les regroupons en association pour qu’elles puissent avoir les mêmes techniques de collecte afin d’avoir une matière première assez homogène et de bonne qualité. Nous faisons de la distribution classique comme les produits de grande consommation, c’est-à-dire dans les supermarchés, les alimentations, les boutiques et compagnie.

Lefaso.net : Quelles sont les valeurs nutritionnelles des chenilles ?


K.H. :
Parlant du potentiel nutritionnel des chenilles de karité, il faut savoir que c’est l’un des produits locaux les plus protéinés. Si vous prenez les chenilles de karité séchées, elles renferment jusqu’à 60% de protéines, c’est trois fois plus que la viande. Et elles sont aussi très riches en fer, en acides gras essentiels, en oméga 3, etc.

Lefaso.net : Comment consomme-t-on les chenilles ?

K.H. : Les chenilles peuvent se consommer sous diverses formes. D’abord, de manière traditionnelle, on les consomme comme du poisson et c’est pour cela qu’elles sont communément appelées « le poisson de l’arbre ». C’est-à-dire qu’on peut les frire comme du poisson et également on peut les mettre dans la sauce ou du riz gras. Mais pour moderniser cela, nous avons proposé des chenilles à croquer qui sont déjà prêtes à la consommation, des biscuits de chenilles, la poudre utilisée comme le cube Maggi ou le soumbala et d’autres en vue afin de permettre à plusieurs personnes de pouvoir les consommer.

Lefaso.net : Vu que c’est un produit saisonnier, quelles sont les techniques mises en place pour répondre régulièrement à la demande ?

K.H. : Sachant que c’est un produit saisonnier, il faut bien structurer le réseau de collecte et aussi avoir un fonds de roulement assez conséquent pour garder des stocks qui vont pouvoir assurer la demande annuelle. Et c’est ce que nous faisons pour l’instant mais nous avons d’autres projets qui vont permettre de résoudre cette question à l’avenir. C’est pourquoi nous avons beaucoup misé sur le volet « Recherche » qui permettra de maîtriser l’élevage des chenilles de karité.

Lefaso.net : Peut-on dire que le marché des chenilles est rentable ?

K.H. : Vous savez, la rentabilité d’un produit se mesure à plusieurs niveaux. Car, pour nous, il y a la rentabilité économique et l’impact social du projet qui nous tiennent à cœur. Et dans les deux cas, on peut dire que ne ça marche pas comme on le souhaite, mais on va y arriver ! Nous avons commencé avec un chiffre d’affaires de 6 millions en 2015 et aujourd’hui le marché est en nette croissance, ce qui donne davantage le courage de continuer notre aventure avec ces petits insectes aux qualités nutritionnelles exceptionnelles.

Lefaso.net : Quelles sont les difficultés rencontrées ?

K.H. : Il faut dire que les difficultés font partie du quotidien de l’entrepreneur. Donc évidemment, nous avons eu beaucoup de difficultés. Et l’une des difficultés que nous avons eues au démarrage, c’était le fait que le produit n’était pas consommé par tout le monde. Et il a fallu d’abord surmonter les barrières sociales. Outre cette difficulté, il y a eu également le manque de moyens financiers et de matériel, parce qu’au départ, nous ne pouvions pas attendre d’avoir tout le nécessaire avant de commencer ; il fallait donc faire avec les moyens de bord, etc.

Lefaso.net : Cela fait déjà quatre ans que FasoPro existe officiellement. Quels sont vos projets à long terme ?

K.H. :
D’abord notre priorité actuelle est centrée sur la maîtrise de l’approvisionnement. C’est pourquoi nous développons beaucoup le coté recherche afin de maîtriser l’élevage des chenilles et d’autres insectes qu’on va ajouter plus tard. C’est-à-dire qu’il faut qu’on ait la possibilité un jour de dompter la nature et de produire à tout moment. C’est l’un de nos grands défis.

Nous comptons aussi diversifier nos produits afin de pouvoir toucher tout le monde au Burkina Faso, même ceux qui ne mangent pas encore les chenilles. Et cela à travers la fabrication des produits adaptés aux besoins de tout le monde, parce que, pour moi, les insectes sont peut-être l’avenir de l’alimentation humaine.
Il faut également que notre savoir-faire soit dupliqué dans la sous-région, en exploitant les ressources locales de chaque pays. L’idée, c’est d’être dans plusieurs pays en exploitant le potentiel des insectes qu’il y a localement, sur la base de l’expérience que nous avons eue avec les chenilles de karité.

Contact FasoPro : 00226 65 98 15 15 | www.fasopro.bf

Entretien réalisé par Yvette Zongo
Lefaso.net

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