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François 1er, conseiller vestimentaire et créateur : « Je rêve d’espaces de vente dans le monde entier »

LEFASO.NET

vendredi 26 juillet 2019

François Yaméogo alias François 1er, conseiller vestimentaire et créateur, est l’une des figures de proue de la mode burkinabè. Aujourd’hui, il est à la tête d’une semi-industrie produisant du Faso Dan Fani. Ce féru de mode nous a accordé une interview dans laquelle il est revenu essentiellement sur son label François 1er.

Lefaso.net : Pourquoi avoir choisi d’être dans le métier de la mode ?

François 1er : J’ai choisi le métier de la mode par passion. Depuis tout jeune, j’aime bien l’élégance ; j’aimais voir les autres biens habillés. C’est dans cette optique que j’ai créé la marque François 1er en France, en 1992.

Vous auriez pu vous intéresser au pagne, pourquoi le choix du Faso Dan fani ?

Le Faso Dan Fani, parce que tout simplement, étant en France, je voyais que les gens utilisaient la soie, le lin, le velours. Mais moi, venant du Burkina Faso, j’ai estimé qu’on peut mettre en valeur notre coton. D’ailleurs, il était déjà valorisé à travers le Faso Dan fani. Je trouve que cela entre dans le développement durable. On a du coton ici au Burkina Faso ; autant donc l’exploiter.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous avez fait face, en lien avec la création de votre marque ?

Si je dois parler des difficultés, on ne va pas quitter ici aujourd’hui. Il y en a tellement… Les difficultés sont énormes. Vous savez, le fait d’avoir passé des années dans l’industrie de la mode française, une fois rentré au pays en tant que créateur, pour m’implanter c’est déjà une difficulté, liée au fait que ce n’est pas la même structuration. Moi, à travers ma marque, c’est un concept que j’ai mis en place. Je fais du coton 100%100 biologique. Je prends en compte l’aspect environnemental.

La préservation de l’environnement me tient à cœur. Il faut donner un espace propre aux générations à venir. Ce sont des difficultés, parce que les gens ne comprennent pas. J’ai eu aussi des difficultés pour créer une ligne adaptée à nos vêtements africains. Il fallait trouver la coupe, une coupe étudiée, avec des couleurs adaptées, propre à François 1er. Il a fallu étudier le coût des tenues par rapport au pouvoir d’achat de la population, et trouver une stratégie de communication pour faire la promotion des productions. Il a fallu également trouver du personnel qualifié et le former. Pour créer une marque, il faut beaucoup d’argent et aussi le retour d’investissement.

Nous constatons que vous utilisez des couleurs comme le marron, le blanc, le jaune, le bleu. Pourquoi ces choix ?

Ces choix de couleurs conviennent à ma marque. J’œuvre dans tout ce qui est préservation de l’environnement. La couleur doit aller avec la nature. Vous savez, quand on crée une marque, on doit avoir une couleur propre. Les grandes maisons de mode on des couleurs propre à elles.

Vous avez récemment ouvert la première usine de fabrication du Faso Dan fani à Koudougou. D’où vous est venue cette idée ?

L’idée est venue tout aisément. Quand je suis venu ici, j’ai voulu travailler avec les gens en faisant de la sous-traitance. Mais j’étais confronté à un problème. La majorité des femmes étaient dans des associations. Il y avait des soucis au niveau du délai de livraison. En plus, elles produisaient de petites quantités. J’avais du mal à contrôler la qualité. J’étais obligé de réfléchir et de construire un modèle d’entreprise.

C’est-à-dire pouvoir avoir le tissage, la teinture, la fabrication et la recherche, le tout en un même endroit. Maintenant, je contrôle la qualité des produits. Normalement ce n’est pas mon domaine ; moi mon travail, c’est de créer des vêtements. Mais au Burkina Faso, c’est différent ; on n’est pas encore arrivé à un certain stade. Le travail n’est pas organisé. Je le sais, c’est très couteux, ça prend mon temps, mais je n’avais pas le choix.

Pourquoi le choix de Koudougou ?

Quand on a la possibilité de revenir chez soi, voir l’école primaire dans laquelle on était, retrouver des copains, les rues où on marchait, donner du travail aux gens, je trouve cela formidable. Si j’étais dans un autre endroit, j’allais travailler c’est vrai, mais je n’allais pas déterrer des souvenirs d’enfance. J’ai beaucoup de souvenirs. Le choix de Koudougou, c’est un don béni de Dieu. Je suis heureux ici.

Combien de personnes travaillent dans votre entreprise ?

Compte tenu que c’est une usine semi-industrielle qui a démarré le 27 septembre 2018, il fallait d’abord prendre une équipe, la former et la mettre à niveau. Après la formation, on a retenu ceux qu’on allait embaucher. Actuellement, je suis en train d’embaucher presque dix personnes. Des emplois indirects sont aussi en train d’être mis en place.

Comment vous organisez-vous pour la gestion de l’usine et la création des vêtements ?

Dans la vie, il y a des choses qu’il faut savoir déléguer. Chez François 1er, on a sectorisé le travail. Ceux qui font le tissage ont un chef. Il en est de même pour la couture, la peinture et la créativité. À Ouagadougou, c’est organisé de la même manière. C’est le mode de plusieurs entreprises en 1. Avec chaque comptabilité analytique dans chaque poste. Et à la fin du mois, on fait le tableau de bord, et on regarde la rentabilité poste par poste. Après, on envoie l’état à l’expert-comptable. Je ne suis qu’un superviseur. On se retrouve tous les mois et chacun parle des difficultés. Ici, chacun a son mot à dire. Le plus important, c’est la vision. Ils sont tous convaincus qu’on va réussir.

Comment vous décrivez-vous en tant que patron ?

Un patron, c’est un spécialiste en tout, même si ce n’est pas de façon approfondie. Au niveau rapport personnel, je suis une personne qui est ouverte. On mange ensemble, on discute ensemble. Le plus important pour moi, ce sont les valeurs de l’entreprise. Je ne suis pas le patron qui s’enferme dans son bureau et qui dit : « Appelle-moi untel ! ». C’est une entreprise économique, sociale, solidaire. Même si on n’a pas des actions dans l’entreprise, on est impliqué dans l’entreprise. Si demain, on engrange du bénéfice, chacun peut en profiter. Les travailleurs savent très bien que je ne suis pas la personne qui va s’enrichir sur leur dos.

Selon vous, quelle est la particularité des vêtements de votre marque ?

La particularité de la marque, c’est la traçabilité. Le coton et le filet sont teints chez François 1er. J’utilise du coton biologique. Je veux que mon espace soit certifié commerce équitable. Il faut que les conditions de travail soient décentes. C’est très rare en Afrique, je n’en connais pas beaucoup qui font ça. Je veux que mon entreprise soit une économie sociale, solidaire.

Les gens qui travaillent chez François 1er gagnent et doivent bien gagner leur vie ; et après le travail, qu’ils puissent rentrer très tôt chez eux pour s’occuper de leurs familles. C’est ce qui fait notre valeur ajoutée. C’est une entreprise sociale. Vous savez, aujourd’hui l’économie est en train de s’écrouler. On a toujours préféré une économie du marché, le capitalisme sauvage. Il faut de l’ambiance dans une entreprise, le respect des valeurs de l’homme et surtout de l’environnement.

Votre clientèle vient-elle essentiellement du Burkina ?

Oui, aujourd’hui je peux dire Dieu merci. La majorité de mes clients vient du Burkina Faso. Grâce au travail de fond qu’on a fait, les jeunes portent du François 1er. Ils se retrouvent en moi. Ils se disent que derrière ce que François 1er fait, il y a de la création d’emplois. Ils sont fiers de porter une marque du Burkina Faso. À l’extérieur aussi, on vend bien. Par le biais des réseaux sociaux, on est bien suivi. On livre facilement nos produits. Cela montre qu’au Burkina Faso, on est capable de faire de la qualité. On peut travailler avec des matières premières qui peuvent s’adapter au monde. Mais c’est un marché embryonnaire, il faut le développer. Ça demande de la promotion, et c’est beaucoup d’argent.

Quels sont vos projets ?

C’est consolider ce centre et l’aménager. Mettre en place l’administration, avec une bibliothèque de mode. Je souhaite avoir des salles de conférences, pour ‘‘parler’’ de l’art vestimentaire. Il faut augmenter les effectifs. Je rêve d’avoir des espaces de vente dans le monde entier.

Pouvez-vous nous donner le nom d’une personnalité qui a porté vos tenues et dont vous êtes fier ?

Je n’aime pas en principe citer, mais je peux dire que de nombreuses personnalités politiques, culturelles, d’affaires portent mes créations. Je tiens à vous dire qu’il n’y a pas de réussite seul. C’est vrai que je suis un concepteur ; mais grâce à la presse, on avance ; sans la presse il n’y a pas de créateur.

Site web :www.francoisi.com
Email : francois1@aol.com

Interview réalisée par Samirah BATIONO (stagiaire)
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