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S.E.M. Sini Pierre Sanou, Ambssadeur du Burkina Faso au Ghana

jeudi 21 janvier 2010

Nommé ambassadeur du Burkina Faso au Ghana en mai 2004, Sini Pierre Sanou a pris fonction trois mois plus tard et depuis lors s’emploie à redynamiser les relations entre nos deux pays qui ont connu des remous au cours des dernières années.

Militaire de formation, le colonel Sanou avait déjà une longue expérience diplomatique derrière lui pour avoir servi pendant huit ans comme attaché militaire auprès de l’ambassade du Burkina en France. Il en avait même profité pour faire des recherches sur la problématique de la gestion des conflits armés en Afrique à l’occasion d’un diplôme d’études supérieures au Centre d’études diplomatiques et stratégiques de Paris (C.E.D.S).

Installé à Accra et avec compétence sur le Togo et le Bénin, il a pris fonction au moment où la crise ivoirienne a fait de la partie australe de notre partie un axe stratégique.

La commission mixte Burkina-Ghana s’est tenu en mars dernier ; pouvez-vous nous en rappeler les grandes conclusions ?

La IXème session de la Grande commission mixte de coopération Burkina-Ghana qui s’est tenue à Ouagadougou les 7, 8, 9 et 10 mars 2006 (8 ans après la VIIIè session tenue à Accra), a permis de faire le point et de redynamiser les excellentes relations politiques, diplomatiques, économiques, culturelles qui existent entre nos deux pays liés par l’histoire et la géographie.

Nous avons abouti, après d’intenses et francs débats aux conclusions suivantes :

1) En ce qui concerne la libre circulation des personnes et des biens

La Commission mixte a noté, dans l’ensemble, des avancées significatives en matière de libre circulation des personnes et des biens, à savoir
- l’identification du site pour la construction du poste de contrôles juxtaposé ;
- la réunion, courant premier semestre 2006, des Ministres des transports pour déterminer les modalités de financement de la construction du poste de contrôles juxtaposé ;
- la réduction du nombre de postes de contrôle sur le corridor.

2) Pour les formalités douanières et de passage portuaire

Le Burkina Faso a renouvelé sa demande pour qu’une solution soit trouvée aux problèmes suivants :
- l’ouverture des conteneurs pour l’examen physique des marchandises ;
- le paiement d’une taxe de 200 dollars US sur les exportations burkinabè en transit.

- La partie ghanéenne a renouvelé sa forte volonté politique de résoudre ces questions.

3) Pour la coopération en matière de sécurité, la Commission a noté une nette amélioration de la coopération en matière de sécurité ; en attestent les rencontres entre Ministres chargés de la sécurité du Ghana et du Burkina avec leur Homologue du Togo.

4) Matérialisation de la frontière : la Commission a noté l’effectivité du bornage de la frontière entre les deux pays. L’opération restante est le bornage du triple point Burkina -Togo -Ghana. Le Burkina et la Ghana saisiront les autorités Togolaises à cet effet.

5). Coopération en matière énergétique :
- Pour l’interconnexion entre Bolgatenga et Ouagadougou, une réunion des Ministres en charge de l’énergie se tiendra dans les meilleurs délais pour accélérer les activités afin de bénéficier de la ligne de crédit mis en place par la Banque Mondiale.
- Alimentation de la mine de Youga à partir du Ghana : La réunion a demandé d’accélérer les négociation entre la SONABEL et la VRA.
- Projet de barrage Noubiel : La partie Burkinabè a souhaité obtenir des autorités ghanéennes, un avis de non objection avant la réalisation de l’étude de faisabilité exigée par tous les bailleurs.

6)-D’autres questions importantes ont été abordées comme :
- la coopération en matière de santé ;
- l’indemnisation des victimes des événements de Bawku ;
- la coopération militaire ;
- la transhumance ;
- la réhabilitation de l’usine de tomates et de corned-beef au Nord du Ghana avec une participation des opérateurs économiques burkinabè ;
- la coopération en matière de justice et de droit de l’homme.

Peut-on dire que les relations entre nos deux pays qui avaient connu des remous sont aujourd’hui au beau fixe ?

Ce n’est pas seulement pour être « diplomatiquement correct » que de souligner l’excellence des relations entre nos deux pays liés par l’Histoire et la Géographie. Cela se manifeste par les relations fraternelles, chaleureuses et amicales entre les présidents Blaise Compaoré et John Agyekum Kufuor. Ensuite, les relations économiques commerciales et de la coopération « Sud-Sud » entre les peuples Burkinabè et Ghanéen sont aussi au beau fixe.

Vous êtes en poste depuis Août 2004, comment se fait votre installation dans votre juridiction ?

A la date d’aujourd’hui, notre installation est terminée du point de vue des formalités diplomatiques. En effet, nous avons déjà présenté les lettres de créance aux premières autorités des pays relevant de notre juridiction (Ghana - Bénin - Togo).

Mais l’installation d’une manière générale est continuelle car les grands défis (géo-stratégiques) contemporains de la sous région et du Burkina Faso en particulier nécessitent la mobilité et des prises de contacts permanents.

J’ai été instruit de redynamiser nos relations diplomatiques avec le Ghana, le Bénin et le Togo ; c’est donc une mission permanente et pour ce faire, nous appliquons une diplomatie tout terrain et de proximité pour un développement durable.

La coopération décentralisée Sud-Sud est une particularité des relations entre nos deux pays avec les échanges entre régions ; comment se présente t-elle ?

Une fois de plus, me référant aux travaux de la 9ème session de la Grande Commission Mixte Ghana-Burkina, la coopération Sud-Sud connaît une évolution très positive. En effet, ces dernières années ont vu le renforcement des relations entre les deux pays avec des échanges de tout ordre entre certaines villes du Burkina Faso et celles du Ghana.

Comme illustration l’on citera les villes de Kaya, Ouahigouya et Diapaga au Burkina Faso et les villes de Kumasi, Wha et Bolgatenga au Ghana.

Cette coopération administrative transfrontalière bénéficie d’un soutien appuyé des autorités des deux pays qui envisagent la formaliser par un accord de coopération décentralisée.

Il y a une longue tradition d’immigration des Burkinabè au Ghana ; quelle est la situation aujourd’hui ?

Il y a effectivement une longue tradition d’immigration des Burkinabè au Ghana. Ceci s’explique par les liens géographiques (communauté de frontière), historiques (passé colonial) et sociologiques (interférence des populations) qui existent entre nos deux pays.

Aujourd’hui, cette population immigrée peut être subdivisée en trois générations :
- la génération des Burkinabè arrivés pendant la période coloniale et juste après les indépendances,
- celle née au Ghana
- celle issue de parents nés au Ghana.

Le risque est très grand de n’avoir à terme qu’une diaspora d’origine Burkinabè autrement dit des sans papiers Burkinabè.

Avez-vous une idée de la diaspora burkinabè au Ghana ?

Au regard de la croissance démographique qui est très élevée en Afrique, nous pouvons sans donner de statistiques alarmantes, dire qu’un bon nombre de Burkinabè résident au Ghana. Selon les statistiques en notre possession, nous évaluons la communauté d’origine burkinabè entre deux à trois millions environ.

Cette communauté rencontre t-elle des difficultés particulières ?

La diaspora burkinabè au Ghana est une communauté très bien intégrée. C’est l’occasion pour nous de remercier les autorités ghanéennes pour leur hospitalité légendaire et les efforts consentis en faveur de l’intégration sous-régionale.

Mais comme dit un adage africain « Si l’on ne sait pas d’où on vient, on ne saura pas où l’on va ». La diaspora burkinabè au Ghana rencontre une difficulté particulière qui est d’ordre administrative ; il s’agit très souvent de la difficulté pour la troisième génération (celle issue de parents nés au Ghana) à prouver la nationalité burkinabè compte tenu de l’insuffisance de preuve.

C’est un vrai problème dans le présent et sans doute à l’avenir aussi. Et comme je l’ai dit plus haut, il faut craindre que beaucoup de membres de la diaspora burkinabè au Ghana ne deviennent de véritables « sans papiers burkinabè » où plutôt des burkinabè sans papiers.

La crise ivoirienne a fait du port de Tema une destination de plus en plus fréquentée par les Burkinabè ; comment se portent les échanges économiques ?

Les relations commerciales entre le Ghana et le Burkina se sont renforcées depuis le début de la crise ivoirienne notamment en ce qui concerne le trafic en transit des marchandises par les ports du Ghana (Tema et Takoradi).

Ainsi à titre d’illustration, le tonnage en transit par le port de Tema a dépassé pour la première fois le seuil des 200.000 T en fin 2002 pour se situer à plus de 300.000 T depuis fin 2003 alors qu’il n’était que d’environ 98.000 tonnes en 2001.

De même, le port de Takoradi, qui était peu utilisé pour le transit des marchandises du Burkina, connaît un regain d’utilisation depuis lors avec un tonnage d’au moins 30.000 tonnes par an.

Au regard de cette forte augmentation du trafic en transit vers le Burkina et aussi des autres pays enclavés (Mali et Niger), le port a entrepris différentes initiatives au titre desquelles :
- l’installation à Ouaga, au Burkina, d’une Représentation de l’office des ports du Ghana pour les pays du Sahel (Burkina, Mali, Niger).
- La construction de trois magasins de grande capacité au port de Tema ;
- La construction et l’extension en cours d’un terminal à conteneurs au port de Tema ;
- L’acquisition en 2005 de 3 portiques à conteneurs au port de Tema.

Par ailleurs, avec l’appui de l’UEMOA et de la BAD, les deux pays sont parties prenantes du programme Routier n°1 qui vise l’amélioration de l’état de la route Bamako - Hermakono - Ouaga - Paga - Accra et la mise en œuvre de mesures de facilitation du trafic (Projet de construction d’un poste juxtaposé conjoint à Paga - Police - Douane-Gendarmerie, le contrôle de la limitation de la charge à l’essieu à 11,5 tonnes, la mise en œuvre du carnet TRIE(Transit Routier Inter-Etats) unique, la réduction à deux par pays, du nombre de poste de contrôle sur l’axe).

- La mise en place d’un observatoire des Pratiques anormales.

Les deux pays ont également entrepris des actions visant le bitumage de la voie Techiman - Bamboi - Bolé - Wa - Hamélé - Ouessa - Diébougou - Bobo, qui une fois achevée permettra une réduction de la distance Tema - Bobo d’environ 400 km, ce qui bénéficiera aux opérateurs de l’ouest du Burkina et à ceux du Mali.

Depuis 2004, le Burkina et le Ghana ont également entrepris de réaliser le projet d’interconnexion ferroviaire Ouaga - Paga - Kumasi - Boankra.

Il faut espérer que les difficultés rencontrées par les marchandises en transit par le Ghana, lesquelles on été portées à l’attention des autorités et acteurs concernés, seront résolues au mieux et dans les délais moindres au sein des différents cadres de concertation existants.

On peut le réaffirmer, les échanges économiques entre le Burkina Faso et la République sœur du Ghana sont au beau fixe. C’est un véritable terrain d’entente pour un bénéfice mutuel du « donner et du recevoir ».

Alors, le Burkina Faso et le Ghana, c’est “same figthing”, (même combat) contre notre ennemi commun, la pauvreté !

Interview réalisée par Cyriaque Paré
Lefaso.net

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