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Césaire Pooda : Sur les traces d’un communicateur pour le développement

mercredi 4 avril 2012

Titulaire d’une licence en lettres modernes de l’Université de Ouagadougou au Burkina Faso, puis d’une licence et d’une maîtrise en journalisme de l’université de Lomé au Togo, Césaire Pooda est engagé à la direction générale de la presse écrite à Ouagadougou, notamment Carrefour Africain, en septembre 1982 où il travaille pendant cinq ans. Puis, il bénéficie d’une bourse d’un an pour un stage de journalisme international en France. A l’issue de ce stage, il rentre temporairement au Burkina.

Le régime de la Rectification avait succédé à la Révolution, et la pensée unique toujours de mise. N’ayant pas « l’âme à se faire dicter ses écrits », Pooda dût repartir en France pour une autre formation. Celle de la reconversion. A l’université de Bordeaux III, il décroche un DEA (Diplôme d’études approfondies) en communication. Le communicateur peut donc prendre la place du journaliste.

De 1992 à 1993, Césaire monnaye son expertise dans l’ONG Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) à Paris, à la direction de la communication. En 1993, le jeune communicateur rentre dans son pays natal. Non pas pour travailler encore à Carrefour Africain, mais en tant que consultant auprès de la coopération canadienne. Il s’occupe des questions de communication au Projet d’Appui à la Petite Entreprise de Ouagadougou (PAPEO) jusqu’en 1995. Puis, une autre opportunité se présente à lui. Celle de diriger l’unité communication de l’INADES-Formation. Il passe alors cinq ans (1995-1999) à Abidjan, en Côte d’ Ivoire, au siège de cette organisation présente dans les sous-régions d’Afrique centrale, de l’ouest, et de l’est.

Début 2000, une fois de plus, Césaire revient au Burkina pour coordonner, cette fois, un projet de recherche-action ‘communication et gestion des ressources naturelles’ de la coopération canadienne. Ce projet, qui a duré deux ans (2000-2002), impliquait le Mali et le Burkina. A la fin du projet, Césaire n’a pas le temps de chômer. En 2002, il entre au département communication de l’IPPF à Nairobi au Kenya, au siège régional de l’institution. Depuis lors, il s’occupe des questions de Plaidoyer et de communication de la 2ème plus grande ONG au monde après La Croix Rouge.

Objectif : le plan de Maputo

Depuis 10 ans, Césaire Pooda travaille à l’IPPF. Le seul poste où il a passé autant de temps. Comment a-t-il réussi à se stabiliser après tant de mobilité ? « Quand je suis arrivé à l’IPPF, on avait un grand défi : celui d’amener les questions de santé de la reproduction, dont s’occupe l’IPPF, à être inscrites dans l’agenda continental. Nous avons commencé ce processus en 2003 et nous y sommes toujours. A l’époque, nous n’étions que deux dans notre département, et, il n’y avait donc pas le temps de partir », avoue-t-il.

Aujourd’hui, l’équipe est plus étoffée et les résultats se font voir. Ce qui le retient, c’est désormais la passion. « Quand on travaille sur les questions de population, on travaille d’abord et avant tout sur des questions de développement. Ce qui explique ma durée dans cette organisation », estime-t-il. Mais pas seulement. Césaire a bénéficié d’une très grande confiance du directeur régional de IPPF-Afrique dès son arrivée à Nairobi. C’est d’ailleurs lui « qui m’a insufflé cette passion pour les questions de santé de la reproduction… Partir à un moment où je savais qu’il comptait sur moi aurait été ni plus ni moins que le trahir, car j’étais l’un de ses plus proches collaborateurs », confesse-t-il. Après neuf (9) ans de collaboration, celui-ci a gravi un autre palier, en devenant le premier directeur général africain de l’IPPF, à Londres, au Royaume Uni. Mais avec Césaire, les relations sont toujours aussi bonnes.

Le cadre continental de politique de santé sexuelle et de la reproduction, et son plan de mise en œuvre, dit « Plan de Maputo » est d’abord et avant tout une initiative de l’IPPF. « Faire adopter un document de cette nature au plus haut sommet, lorsqu’on est ni un Etat ni une organisation intergouvernementale, représente quelque chose de très important », affirme-t-il. C’est probablement l’une des plus grandes réussites pour Césaire Pooda et le bureau Afrique de l’IPPF.

Hommage aux aînés

Le patron du département communication de l’IPPF n’oublie pas certains ainés qui l’ont aidé à mettre le pied à l’étrier de la profession de journaliste. Ce sont notamment le regretté Sidiki Flavien Ouédraogo, Boureima Jérémie Sigué (actuellement fondateur des éditions Le pays), qui fut son premier directeur à la direction générale de la presse écrite. C’est également David Barry qui a été, pour lui, beaucoup plus un grand frère qu’un directeur général. « Quand je parle de ces moments, c’est toujours de façon émue parce qu’ils restent pour moi, de grands professionnels qui m’ont marqué ; Sidiki Flavien avait ses convictions politiques qu’il n’imposait jamais à ses collaborateurs, Boureima Sigué reste l’une des meilleures plumes de tous les temps, et David Barry l’humilité incarnée comme on l’enseigne dans les écoles de journalisme », reconnait-il.

Césaire Pooda a choisi le journalisme, mais n’a pu l’exercer pleinement. « Mon plan ne s’est pas déroulé comme je l’aurais voulu, mais on n’a pas tout dans la vie, et il faut savoir rattraper certaines choses à un certain moment ; en cela, je pense que ce que je fais aujourd’hui me permet de rattraper ce que je n’ai pas pu faire », avoue-t-il. « Le journalisme, pour moi, a été un choix libre, et je m’en suis écarté pour marquer mon refus de servir comme ‘journaliste de service’ ; cela m’aurait demandé de tuer quelque chose en moi pour le réussir, et je ne suis pas prêt à un tel renoncement », soutient-il. En dépit de sa brève carrière de journaliste, Césaire a tout de même obtenu le prestigieux prix Dag Hammarskjöld.

Posant un regard de professionnel sur les productions des médias africains francophones, Césaire Pooda relève un certain « officialisme » de l’information, c’est-à-dire « lundi séminaire, vendredi clôture ». Pourtant, la presse doit être le reflet de la société. « Regardez, les problèmes de survie qui enserrent nos braves populations en Afrique et leurs efforts pour les surmonter, les problèmes énormes de développement et d’injustices sociales, celles touchant à la santé de la reproduction qui leur est transversale, etc. Le traitement qui en est fait parait négligeable par rapport à ce qui aurait pu l’être », regrette-il, et de poursuivre : « la presse dans les pays anglophones a une bonne longueur d’avance en la matière ».

Pour aider à corriger cet état de chose l’IPPF associe de plus en plus les hommes de médias à ses actions, afin de les amener à alerter davantage l’opinion africaine et les décideurs, par leurs productions. Au cours du processus de Maputo qui a culminé avec l’adoption par les chefs d’Etat du plan d’action de Maputo pour la mise en œuvre du cadre continental de santé de la reproduction en janvier 2007 à Addis Abeba, en Ethiopie, elle a associé la presse, notamment lors des réunions de Bamako pour l’Afrique francophone de l’Ouest, d’ Abuja pour l’Afrique de l’ouest anglophone, de Yaoundé pour l’Afrique centrale, de Windhoek pour l’Afrique australe, de Tunis pour l’Afrique du Nord. L’IPPF s’est attaché les services d’une firme sud-africaine spécialisée dans le monitoring de l’information publiée dans les journaux. Cela lui a permis d’avoir des rapports périodiques, et d’obtenir une analyse des contenus relative aux thématiques de l’IPPF. Sur cette base, elle peut revoir ses stratégies de plaidoyer conséquemment. « Depuis, donc, nous savons que la couverture de nos thématiques par les médias montre une tendance ascendante, qu’il faut accentuer » souligne Césaire.

Un grand lecteur du faso.net

Depuis 10 ans, Césaire vit hors de son pays, sans discontinuer. Mais, « ce n’est pas parce qu’on est dehors qu’on n’appartient pas à un terroir, à un pays, ou qu’on oublie son drapeau. Ça, je ne le ferai jamais », rassure-t-il. En moyenne, Césaire se rend au Burkina trois à quatre fois par an (dans le cadre de ses fonctions ou en privé). Mieux, il dit suivre l’actualité burkinabè au quotidien. « Je suis un grand lecteur du faso.net », avoue-t-il.

Au Kenya, la vingtaine de burkinabè, qui y vivent se rencontrent de façon informelle. « Au moins une fois par trimestre, on essaie d’organiser la famille et on se retrouve chez l’un ou l’autre, on mange ensemble, on discute », confie Césaire Pooda.

Ayant fait de la consultation pour plusieurs institutions et ONG, Césaire Pooda est aussi auteur ou co-auteur de Publications, parmi lesquelles ‘Et pourtant elles tournent ! un ouvrage collectif sur l’expérience des radios de proximité en Afrique de l’ouest et en Afrique centrale, paru en 1995 et ‘Manuel de la Communication Communale’, à l’usage des conseils municipaux, paru en mai 2002.

Moussa Diallo
Lefaso.net

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